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Voici la section où on doit arriver.
Un peu d'histoire
Il y a fort longtemps, au VIe siècle, un évêque de Bretagne (dans les contrées devenues Galles dans les siècles suivants), du nom de Samson débarquait en Armorique à l’embouchure d’une rivière – que l’on imagine être le Guyoult – et fondait un monastère, qu’il appela Dol, et où plus tard sera édifiée la ville de Dol-de-Bretagne. Ainsi nous parlent Albert-Le-Grand et Dom Lobineau, hagiographes et historiens bretons. De là, on imagine la construction de l’église primitive et son oratoire, auxquels succédera plus tard la cathédrale que nous connaissons.
Attardons-nous sur le puits mentionné par l’érudit dominicain Morlaisien Albert-Le-Grand. Voici ce qu’il en dit :
« Saint Samson accepta son offre & choisit un lieu où il y avoit un puits tout couvert de ronces & brossailles, y édifia un Monastere ».
À ce sujet, deux érudits valant mieux qu’un, lisons ce qu’écrit Dom Lobineau, qui confirme également l’existence de ce puits :
« Sur quoi l'on dit qu'un ange apparoissant en songe à Samson, l'avertit que le lendemain on trouveroit dans le fonds du desert un vieux puits comblé, et que c'étoit là qu'il devoit bâtir une église et fixer sa demeure ».
L’évocation de ce puits est de premier intérêt car il est toujours aujourd’hui une particularité notable de l’édifice. Il est comme dans la plupart des cathédrales, fondamental. En effet, ces puits étaient souvent connus de longue date pour leurs pouvoirs miraculeux ou énergétiques, et l’église a réemployé ces lieux sacrés afin d’en tirer parti.
Tout porte à croire dans ces récits que c’est bien l’édification de ce monastère autour de ce puits, qui donna lieu à la naissance de la ville de Dol-de-Bretagne. C’est à cette conclusion qu’arrive Toussaint Gauthier dans son étude sur la cathédrale :
« Tel est le récit des deux principaux hagiographes bretons. Sauf quelques légères différences de peu d'importance, tous les deux sont unanimes dans leur narration . En effet, tous les deux mentionnent l'existence de ce puits qui se trouvait au lieu que Samson choisit pour l'emplacement de son monastère. Tous les deux encore reconnaissent identiquement, que c'est le monastère de Saint-Samson qui a donné naissance à la ville actuelle de Dol. Au fait, cette dernière opinion a des caractères de vraisemblance qui la rendent extrêmement probable. Elle a, pour elle, la tradition recueillie par les plus anciens historiens de Bretagne, Pierre Le Bault, Alain Bouchard et Bertrand d'Argentré. Il y a plus. Aujourd'hui encore, et à l'heure où nous écrivons, il existe au côté midi de la cathédrale de Dol un puits qui a deux ouvertures, l'une en dedans, l'autre en dehors de l'église. Or, je ne vois rien qui empêche de croire que ce ne soit le même puits que saint Samson trouva, couvert de broussailles, lors de son arrivée dans nos contrées et qu'il aura fait nettoyer par ses religieux pour procurer de l'eau potable à sa communauté ».
Et cet auteur de poursuivre :
« Lors de la construction de la première cathédrale, au neuvième siècle, on renferma ce puits dans l'intérieur de l'église, afin d'avoir plus à proximité l'eau nécessaire pour les immersions baptismales, et aussi pour l'usage des habitants, lorsqu'ils étaient obligés de se retrancher dans l'église, pour échapper aux invasions normandes. Enfin, au treizième siècle, lors de la reconstruction de la cathédrale actuelle, on eut soin de construire le mur de clôture extérieure de la chapelle du Puits, de manière à ce que l'on pût puiser de l'eau tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Cette disposition nouvelle avait pour résultat de permettre aux membres du chapitre de faire prendre avec beaucoup de facilité l'eau qui était nécessaire à leur usage particulier ; avantage dont le reste de la ville fut dépourvu jusqu'au dix-septième siècle ».
Extrait tiré de l'ouvrage Le Tombeau de Thomas James, paru aux Editions Philomène Alchimie.
Saint Samson de Dol, né vers 485 dans une famille noble du Pays de Galles, est l’une des plus grandes figures du christianisme celtique et l’un des Sept Saints fondateurs de la Bretagne. Très jeune, il est confié au monastère de Llantwit Major, célèbre école monastique dirigée par saint Illtud. Samson y reçoit une formation exceptionnelle : étude des Écritures, ascèse rigoureuse et vie de prière. Rapidement remarqué pour sa sagesse et sa droiture, il devient moine puis abbé du monastère de Caldey (Ynys Bŷr), où sa réputation de guérisseur et d’exorciste se répand.
Comme de nombreux moines brittoniques de son époque, Samson ressent un appel missionnaire vers l’Armorique, alors en pleine période de christianisation. Vers 525, il traverse la Manche et débarque en Bretagne, où il s’installe dans une région encore marquée par la présence païenne. Là, il fonde un monastère sur un plateau dominant la mer: ce lieu deviendra le futur évêché de Dol-de-Bretagne. Cette fondation est décisive : le monastère de Dol devient l’un des foyers spirituels majeurs du nord de la Bretagne, organisé selon les usages celtiques, et rayonne sur toute la région et rayonne notamment sur toute la Domnonée.
Samson n’est pas seulement un abbé fondateur, mais aussi un évêque missionnaire. Comme le veut la tradition celtique, il est d’abord évêque itinérant, parcourant campagnes, villages et domaines seigneuriaux pour évangéliser, réformer et apaiser les conflits. Il lutte contre les pratiques païennes encore enracinées, dénonce les abus des puissants et consolide les structures de l’Église bretonne. Sa stature spirituelle est telle qu’il est appelé à représenter l’Église de Bretagne au concile de Paris en 557, où il affirme l’autonomie et la vitalité de la tradition celtique face au monde franc.
Saint Samson termine sa vie au monastère de Dol, entouré de ses frères, et meurt vers 565. Son tombeau devient aussitôt un lieu de vénération. Sa mémoire reste vivante dans toute la Bretagne : il est honoré le 28 juillet et figure parmi les saints du Tro Breizh, le grand pèlerinage breton reliant les Sept Saints fondateurs. Patron de Dol-de-Bretagne, Samson demeure l’une des figures les plus emblématiques de la rencontre entre christianisme, monachisme celtique et identité bretonne.
Suite de l'histoire de la cathédrale...
Si nous avons une idée de la manière dont on décida de l’emplacement, il est nécessaire maintenant de définir la date de départ de la construction de l’église primitive. Nous allons encore faire appel à Toussaint Gautier évoquant Dom Lobineau :
« Dans la même biographie, mais un peu plus loin, le même hagiographe, après avoir raconté les deux voyages de Samson à Paris, et les prodiges par lui opérés à la cour de Childebert, ajoute : Avant que saint Samson partit de Paris, le roi Childebert aiant sceu qu'il etoit évêque, voulut qu'il en fit les fonctions en son roiaume et établit son siège dans son monastère de Dol. C'est donc, conclut-il, à l'an 555 qu'on doit rapporter la naissance de l'église de Dol, et reconnoître Childebert pour le fondateur de cet Evêché, puisque le légendaire de saint Samson et celui de saint Magloire conviennent en ce point très important, que ce fut Childebert qui établit saint Samson évêque de Dol, et qui lui donna de grands biens dont les évêques de cette ville sont en score en possession ».
Nous voici fixés sur la date de construction de la première église en 555 tandis que pour le chapitre, nous lisons du même auteur qu’il est fondé en 813 :
« Sans prétendre poser une date fixe, il y a lieu de penser que le chapitre de Dol avait commencé d'exister vers le commencement du neuvième siècle, et peu après le concile de Tours de l'an 813, puisque, à la fin de ce siècle, l'église de Dol avait un défenseur de ses biens, conformément au cinquantième canon du concile de Mayence de l'an 813 ».
Après que Nominoë fut reconnu souverain de Bretagne par le roi Charles le Chauve en 846, Dol devint la capitale religieuse de la Bretagne en l’an 866. L’église primitive fit alors place à une cathédrale préromane dont l’orientation a dû rester la même puisque nous n’avons pas constaté de désaxement dans la cathédrale actuelle, comme c’est le cas dans certains édifices qui se prolongent dans une construction antérieure. Cette église est incendiée par les normands en l’an 1014 et reconstruite cette fois en cathédrale romane.
En 1203, un fait majeur se produit avec le sac de Dol par le roi d’Angleterre Jean-sans-Terre. Ce dernier prend la ville de Dol après avoir assassiné – ou fait assassiner – de sang-froid et de façon sordide son jeune neveu Arthur, héritier légitime de Richard Cœur de Lion et alors duc de Bretagne. Il s’ensuit alors un incendie qui ravage le toit de la cathédrale et fait s’effondrer les murs. Est-ce par attrition ou rongé par un quelconque remords ? Mais le sinistre roi décide alors de financer la reconstruction de l’édifice. Elle sera donc gothique et si l’on en croit les études de différents historiens, on se servit des vestiges de l’édifice roman qui n’avaient pas été détruits, que l’on réemploya en les renforçant et en les mettant au style gothique. Ce n’est qu’en 1265, très exactement le 31 juillet, surlendemain de la fête patronale de Saint-Samson, que les offices purent véritablement être assurés, ceci après l’inauguration solennelle du nouveau chœur.
Extrait tiré de l'ouvrage Le Tombeau de Thomas James, paru aux Editions Philomène Alchimie.