l'église

Jacques Hylae

Il se lève et se dirige vers la porte principale et voit qu'elle est fermée. Évidemment, pas très habitué à venir là. Il fait alors le tour par la droite et voit une porte sur le côté, il la pousse et dans un grand bruit de gonds grinçants, la porte s'ouvre, puis se referme sur un grand bruit de métal sec. Il est dedans et son regard balaye l'espace en bas, puis en haut. Il remarque toutes ces statues adossées aux colonnes et la beauté des grands vitraux. Quel silence … Quelle lumière, colorée qui joue sur les grandes colonnes.

Il n'y a personne. Alors il s'avance dans la travée qui fait face à la porte et se dirige vers la nef où il débouche en son milieu. Il avance à pas feutrés, en évitant de faire du bruit, comme s'il ne fallait pas réveiller le silence. Il arrive au niveau du transept face à l'autel et s'arrête. Il lève les yeux et admire, le travail de la pierre, les artistes tailleurs de pierre, sculpteurs, charpentiers et tous les compagnons qui ont travaillé de concert pour édifier cet ensemble.

Il se demande s'il faut faire quelque chose, intimidé par la majesté des lieux, lui le profane, a t-il le droit d'être là ? Puis il voit à sa gauche, tout un assemblage avec quelques éclairages, et s'en approche. C'est une crèche, où il reconnaît les personnages et comprend que ce sont des enfants qui ont aidé à sa conception car, il y a pleins de dessins, faits par de petites mains. Il y en a un où il reconnaît un traîneau de père Noël chevauché par un grand personnage barbu à outrance, habillé en rouge, et reconnaît l'auteur, un petit lutin coiffé d'un bonnet rouge aux oreilles. Il sourit, trop mignon pense-t-il.

Puis ému, il décide d'aller vers l'autel, où il a remarqué une belle lumière.

Il s'approche, c'est un autel en marbre blanc dressé sur des piliers, autour duquel des fleurs sont placées dans deux vases. Une belle lumière bleutée et dorée coule sur l'ensemble. Au sol, il remarque un gisant et deux anges. Il détaille l'ensemble, une inscription indique : Jésus au tombeau. Les deux anges sont d'une beauté saisissante, d'une sérénité palpable. Ils soutiennent les épaules de Jésus, l'un semble regarder en bas et l'autre en haut. Cela a certainement un sens, se dit-il, en allant plus près de l'autel.

La lumière devient plus belle, et il lève la tête. Elle provient d'un magnifique vitrail où sont décrites des scènes qu'il ne sait pas décrypter, mais il comprend que cette lumière est transformée par le verre du vitrail. Il y en a tout autour du chœur, et le soleil au travers de ces magnifiques luminaires donne des teintes enivrantes comme le parfum de ces fleurs. Il voudrait toucher les tâches de lumière qui effleurent le marbre, mais il ne sait s'il a le droit ! Comme il n'y a personne, il ose, et pose la main. A sa surprise, le marbre n'est pas froid, la chaleur de la lumière sans doute. C'est bon. La lumière, le silence, la géométrie des formes, la statuaire, la magie opère. Il ferme les yeux et se laisse envahir par une douce torpeur. C'est comme une union. Une musique légère l'envahit et descend en lui, son cœur se serre et tout à coup sa respiration remonte en une sorte de hoquet, une violente émotion le prend et le fait pleurer. De grosses larmes coulent maintenant le long de ses joues et tombent sur le marbre, cette fois ce sont des larmes utiles qui écoulent sa douleur. Un instant il oublie tout, ses soucis, son stress disparaît et son cœur semble plus léger. Quelque chose d'extraordinaire s'est produit au plus profond de lui. Il reste là un long moment à parler avec cette lumière pénétrante et bienfaisante. Tout s'est effacé et la tristesse à fait place au bonheur. Le robot qu'il était devenu est mort, l'humain revit.

Un claquement de fer le réveille soudain, quelqu'un est entré.

Il quitte l'autel et se recule, il est temps de partir. Deux personnes viennent de s'engager dans l'église, et il ne sera plus seul. Il sort par où il était venu. L'air frais lui fouette le visage et sèche ses yeux. Il est souriant, détendu.

Il sait désormais qu'il pourra revenir quand il voudra retrouver la douce lumière qui parle à son cœur, il sait au plus profond de lui, qu'il n'a pas besoin d'aller ici spécialement, il peut lui parler quand il veut et où il veut. Il sait aussi, qu'il n'est pas obligé de se plier à un rituel et que cet endroit n'est pas réservé. Il ne sait pas encore mettre un nom sur cette chose bienfaisante qui est descendue en lui par cette lumière, mais il sait qu'elle est là avec lui, dans son coeur, bienveillante.

Maintenant, il sait quoi faire, être heureux et faire le bonheur autour de lui, tout simplement. Il va acheter des chocolats et des marrons glacés. Ce soir il va rentrer chez lui un bouquet de bonheur à la main et il va faire couler une rivière d'affection.

Sa vie ne sera plus jamais comme avant. Il cherche le petit ange pour le remercier, il aimerait le serrer contre son cœur et l'embrasser tendrement, mais il n'est plus là. Il est heureux, la petite bougie qui avait été soufflée s'est rallumée au fond de lui. Demain, c'est Noël, et puis ce sera Noël tous les jours ...