Noel

Jacques Hylae

Il marche … Sans vraiment savoir où aller, dans cette petite ville effervescente qui se prépare aux fêtes de fin d'année. Un grand sapin trône sur la place de l'église, garni de guirlandes lumineuses. L'air est vif, mais un beau soleil brille. Aujourd'hui c'est la veille de Noël, et il y a plus d'activité que d'habitude. Il a réussi a prendre un jour de congés, ça n'a pas été facile, pour s'occuper des cadeaux de Noël pour sa famille. Il fait partie de ceux qui courent après le temps, et qui se font rattraper sans cesse par les événements. Déjà quarante ans et il n'a rien vu venir ! Sa vie : vivement vendredi, vivement les vacances, vivement la retraite. Tout le monde au boulot le dit « qu'est-ce que le temps passe vite ». Et là, en plein dans le mille : la veille de Noël et rien n'est fait ! Il doit chercher à la va-vite pour ne pas revenir les mains vides. Il a aussi en tête les tracas du boulot. Il va falloir remettre ça après-demain, ses soucis remontent, la pression du travail, rentré à pas d'heure, les enfants qu'il ne voit plus grandir, c'est madame qui s'occupe de surveiller les devoirs car il n'a pas le temps et qui fait tout dans la maison, et puis les courses, ce soir ce sera encore tendu, il va ramener sa mauvaise humeur et son aigreur, la voiture est au garage, il n'a plus le temps de rien … de rien …

Le vide ...

Il sent les larmes monter, trop c'est trop … Il voit un banc, il y va ! Se poser un peu. C'est la place du village, là où il y a l'église. Il se sent vide, il prend sa tête dans ses mains et pleure, mais il pleure des larmes de rien, vides … Un moment passe, il ne sait pas combien de temps, le temps ne s'écoule plus !

Soudain, une petite voix lui parle.

« Tu pleures monsieur ?

Il relève la tête, les yeux rouges. Qui me parle ? Il voit une petite tête blonde souriante coiffée d'un bonnet rouge et deux petites oreilles cousues sur les côtés. On dirait un petit lutin. Accroché par la main à sa mère, ils font les vitrines des magasins calmement.

« Va là-bas, c'est joli – En montrant de son petit doigt l'église.

« Il y a la crèche et le petit Jésus. Tu verras j'ai fait un beau dessin pour lui.

Sa maman tourne la tête vers le banc et sourit, puis ils s'en vont.

Il tourne la tête et voit l'église.

L'église pense-t-il, je n'y ai jamais mis les pieds, sauf peut-être lorsque j'ai été baptisé. Comme beaucoup, ses parents l'ont fait baptiser, sans vraiment y croire, comme on fait vacciner ses enfants.

Lorsqu'on lui demande s'il est croyant « Tu crois en Dieu ? » Il répond hésitant « Non » - « Mais tu es chrétien ? » « Heu oui, j'ai été baptisé », et en général ça s'arrête là.

Il regarde à nouveau ce grand édifice au clocher pointu, bleu d'ardoises et surmonté d'un coq. De beaux nuages se détachent sur le ciel bleu. Le soleil rend la pierre ocre. Il n'avait jamais remarqué, toujours pressé qu'il est. Il ne sait même pas pourquoi il y a un coq sur les églises. Il ne sait pas pourquoi tout à coup, tout cela l'intrigue. Il repense au petit ange qui est passé. Y a t-il une relation ? Une petite voix lui dit qu'il faut aller voir ! cliquez ici pour LA SUITE ...