Chartres

Hommage à Notre-Dame

 

 

Notre-Dame.

 

Te voici !

La cathédrale !

Avec tes deux tours, Elle et Lui, scindés et unis dans la même intelligence.

Montagne ciselée de Sapience.

Œuf Hermétique, d'où sortent les hommes assagis et reconnectés.

Gravée au burin de la Science, et de la passion des hommes.

Socle vivant, puits profond d'énergie nourricière.

Les Artistes t'ont donné la parole du silence de la pierre, et ennobli la générosité sacrée de ta source de vie.

On marche vers toi, comme le fer vers l'aimant, la boussole vers le nord.

L'horizon percé de deux flèches laisse au marcheur, le temps de te deviner, puis de te découvrir petit à petit.

Plus il s'approche et plus tu grandis, et enfin il se fait humble et petit enfant à tes pieds rassurant de mère protectrice.

Te voici, refuge de partout, on marche de loin pour venir à toi et ressentir ta force douce et bienfaisante.

Mère subtile, refuge des pauvres, errants, joie des pèlerins, lieu de grandes rencontres, tu ouvres ton cœur aux bienheureux.

De tes verrières élancées, qui racontent l'histoire du monde, tu illumines les esprits endormis et tu nous fais entrevoir la Lumière, espoir et bonheur.

On y donne des concerts et des chants, et de l'orgue majestueux s'élève cette musique de fer si glorieuse, si forte et si douce,

les chants et les notes s'élèvent vers les voûtes, se chargent de Ciel, se condensent sur la pierre tendue et chargée d'intense,

redescendent enluminés vers les cœurs qui battent plus fort vibrants d'émotion …

Immense athanor, ceux qui entrent ici sortent meilleurs, transmutés par l'harmonie des couleurs, de la géométrie sacrée, des vibrations, des énergies dirigées savamment. Les Maîtres qui t'ont donné apparence, savaient ce qu'ils faisaient, leur Science était au service des hommes et de Dieu.

Quel bonheur intense de parcourir ton vaisseau. Tu es un navire céleste, navire d'harmonie, les vitraux sont tes voiles de lumière, voguant sur l'océan des cieux, on lève les yeux pour voir ta nef, on se met à l'envers et on vole aspiré vers les nervures du haut poussé par l'Esprit, transcendant.

Les statues à tes portails, sont autant de paroles muettes, force hiératique de l'attitude éternelle,

langage puissant plus fort que tous les discours, elles parlent constamment à ceux qui les écoutent.

Les artistes qui ont libéré ces êtres de pierre, cachés dans le mysterium, savaient qu'elles étaient présentes ! C'est là leur Art.

Sur un portail, le Christ vivant accueille avec bienveillance. Au portail du jugement dernier, un rappel, terrifiant, pour susurrer à l'oreille des miséreux comme des tous-puissants, qu'il faudra bien un jour, comparaître, tous nus devant la Vérité, au moment où tout se comptera et se mesurera ...

L'asne, qui porte la lyre, se moque des savants prétentieux qui ne savent ni jouer ni écouter la Musique.

Énigmatique, il reste la question en suspens, l'interrogation ?

Un bel ange montre la course du soleil et le cycle de la rivière du temps.

Notre-Dame, tu es tout un pays, toute une humanité, le rappel aussi de ce dont sont capables les hommes qui choisissent de vivre ensemble,

et d'unir leurs efforts pour construire le meilleur.

J'ai connu ta crypte, où j'ai senti ta présence, puissance généreuse, source de vie enracinée, j'ai vibré à tes coups d'archer,

fermant les yeux j'ai bu de ton Eau, j'étais heureux.

Tu es de tous les âges, de tous les temps.

Tu as échappé à toutes les vilénies et toutes les guerres sauvages, comme si une main puissante veillait sur toi,

pour te protéger et te garder vivante, témoin éternel, gardienne de la Science oubliée des hommes,

oubliée pour un temps seulement, j'y crois, j'ai la Foi.

Tant que tu seras présente,

tu rappelleras aux hommes qu'ils sont avant tout humains.

 

Notre-Dame.

 

J.Hylae

Etoile de la mer voici la lourde nappe

Et la profonde boule et l'océan des blés

Et la mouvante écume et nos greniers comblés,

Voici votre regard sur cette immense chape

 

Et voici votre voix sur cette lourde plaine

Et nos amis absents et nos coeurs dépeuplés,

voici le long de nous nos poings désassemblés

Et notre lassitude et notre force pleine.

 

Etoile du matin, inaccessible reine,

Voici que nous marchons vers votre illustre cour,

Et voici le plateau de notre pauvre amour,

Et voici l'océan de notre immense peine.

Un sanglot rôde et court par delà l'horizon,

A peine quelques toits font comme un archipel.

Du vieux clocher retombe une sorte d'appel.

L'épaisse église semble une basse maison.

 

Ainsi nous naviguons vers votre cathédrale.

De loin en loin surnage un chapelet de meules,

Rondes comme des tours, opuentes et seules

Comme un rang de châteaux sur la barque amirale.

 

Deux mille ans de labeur ont fait de cette terre

Un réservoir sans fin pour les âges nouveaux.

Mille ans de votre grâce ont fait de ces travaux

Un reposoir sans fin pour l'âme solitaire.

 

Charles Peguy

Notre-Dame du pilier, La mère et l'enfants couronnés

de Majesté.